Sénat, Paris – 7 février 2012
Jean-Pierre Bel a présidé la cérémonie au cours de laquelle Laura Carpentier, étudiante en première année du master de sociologie
politique et action publique de Sciences Po, a reçu le prix Claude Erignac 2012 pour son engagement en faveur des populations marginalisées. C’est à la présidence du Sénat que s’est déroulée cette manifestation émouvante à l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat du Préfet Claude Erignac le 6 février 1998. Ce fut une façon de célébrer l’amitié active si chère au Préfet défunt. De nombreuses personnalités étaient présentes notamment le Préfet de la région Ile-de-France Daniel Canepa, Président de l’Association du Corps Préfectoral et des Hauts Fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur, qui est le Président de droit de l’Association Claude Erignac, ainsi que Jean-Pierre Duport et Jean Aribaud.
Jean-René Tancrède
Un grand commis de l’Etat
par Jean-Pierre Bel
C’est un grand honneur pour moi de vous accueillir aujourd’hui au Sénat, pour la remise du Prix Claude- Erignac. Cela fait partie de l’un de ces moments solennels et émouvants que j’aurais eu à connaître depuis
mon élection à la présidence du Sénat.
Cette cérémonie dans les murs du Sénat est devenue une tradition. Honorer cette tradition est pour moi, pour nous tous, bien plus qu’un devoir : c’est une évidence.
Cela fait quatorze ans maintenant que le Préfet Erignac est tombé sous les balles de ses lâches assassins. Cet évènement dramatique de notre vie nationale nous semble à la fois étrangement lointain et terriblement proche. C’était hier, mais les coups de feu résonnent encore aujourd’hui. Quatorze ans !
Quatorze longues années qui nous séparent de la mort d’un homme, et de la disparition d’un grand serviteur de l’Etat.
Car en ce 6 février 1998, c’est un double assassinat qui est commis. Celui d’un grand humaniste, dont tous ceux qui l’ont connu évoquent le souvenir avec émotion : Claude Erignac fut un homme de dialogue, d’écoute, un grand Républicain.
Et ce fut un grand Préfet, de la trempe de ceux qui font honneur au corps préfectoral et à l’Etat. Tout son parcours témoigne de la haute idée qu’il se faisait de l’Etat, de sa conception exigeante de l’intérêt général, de sa volonté farouche de servir. Ecouter avant de décider : c’est le meilleur moyen d’agir, la manière juste. Associer toutes les parties prenantes à la conduite des politiques publiques : c’est un gage d’efficacité et une manière moderne de concevoir l’action. Etre ouvert d’esprit et de cœur, sans jamais reculer devant les décisions qui s’imposent : c’est la marque d’une fermeté maitrisée.
Toutes ces qualités, Claude Erignac les conjuguait au plus haut point. Tous ces traits de caractère sont ceux d’un grand commis de l’Etat.
Il incarnait au plus haut point les valeurs du service public. Ces valeurs ne sont pas désuètes. Elles ont contribué, au fil des ans, à façonner la République et à l’ancrer dans nos cœurs. Aujourd’hui, dans une période où l’intérêt général semble être pour certains une notion obsolète ou méconnue, elles demeurent plus que jamais nécessaires. Je sais aussi qu’elles continuent d’être incarnées.
Incarnées par de nombreux fonctionnaires,
dans le corps préfectoral bien sûr, mais aussi par les agents de tous grades dans l’ensemble des fonctions publiques : des femmes et des hommes compétents, dévoués, intègres y œuvrent jour après jour au service de leurs concitoyens. Trop souvent critiqués, caricaturés, dénigrés, ignorés, ils méritent, en cette journée particulière, de recevoir un hommage. Incarnées aussi par des élus locaux qui sont les premiers interlocuteurs des préfets et que Claude Erignac savait respecter, écouter, associer dans une relation confiante entre l’Etat et les collectivités locales qui est le seul moyen d’avancer dans les moments difficiles. Incarnées, enfin, par de nombreuses personnes de tous horizons ces héros méconnus de la vie quotidienne, qui ont décidé de placer leur vie sous le signe des valeurs chères à Claude Erignac.
C’est l’une des forces particulières du Prix qui nous réunit ce soir.
En créant l’association Claude Erignac, vous avez souhaité, Madame, avec vos enfants, avec vos proches, avec tous ceux qui ont connu, apprécié, respecté, aimé votre mari, que son souvenir continue de vivre, non pas comme une nostalgie mais comme une force pour demain. Vous avez su le faire avec pudeur, en adressant un message porteur d’espérance.
