Conférence-débat « Lucidité et lueur d’optimisme » – Paris, 22 novembre 2011
L’Europe est elle condamnée à une « longue dépression » ? C’est à cette angoissante question que le Cercle Turgot vient d apporter avec ses économistes, des éléments de réponse, lors de sa conférence-débat qui s’est tenue le
22 novembre à l’Université de Paris Dauphine, co-organisée avec la DFCG, en présence d’éminentes personnalités du monde des entreprises, des universités et de la planète « finance ».
En effet, alors que le souffle du boulet, qui a failli emporter l’Europe dans une spirale apocalyptique, la menaçant d’implosion politique et financière, reste encore bien présent dans les esprits, voilà que se lève un « vent mauvais », annonciateur d’un arrêt programmé de la croissance européenne, et d’une nouvelle phase de récession : le PIB stagnerait jusqu’au courant de 2012 et la croissance serait limitée à ½ % pour l’année… Chômage persistant (près de 10% attendus pour l’ensemble de la zone) en perte de confiance, inquiètes de la dérive des finances publiques et de la crise de solvabilité des Etats, les entreprises freinent brutalement leurs investissements et les ménages font preuve de prudence extrême dans leurs dépenses de consommation…
L’ensemble de ces facteurs, qui s’aggravent mutuellement, constituant un cercle vicieux dont on peut se demander s’il est possible d’en sortir.
L’Europe est certes sauvée, mais elle n’est pas guérie…
Pour Jean-Pierre Petit, Président des Cahiers verts de l’économie et double lauréat du Prix Turgot, si le scénario d’une dépression lente est assez plausible, ce n’est pas une fatalité dès lors qu’une forte convergence des politiques économiques des Etats membres et qu’une vraie
stratégie de la zone monétaire se font jour, en pleine cohérence fiscale et budgétaire.
Comme le remarque Nicolas Bouzou, Président d’Astérès et Vice-président du Cercle Turgot, encore faut-il, dans l’urgence, orchestrer idéalement les séquences et les contenus des phases d’ajustement budgétaires, piloter simultanément croissance et rigueur, par delà le dilemme (de Buridan ?). C’est aussi accepter de concilier la part de souveraineté de chaque Etat-nation avec l’impérieuse nécessité d’avancer vers une nouvelle phase d’intégration, plus ou moins fédéraliste, en tout cas impulsée par les politiques et acceptée par les peuples.
Pierre Sabatier, Président de Primeview, admi- nistrateur du Cercle, invitant de son côté l’au- ditoire à tirer les leçons de la décennie perdue du Japon qui, cruel détail, a comme l’Allemagne d’aujourd’hui tout misé sur ses exportations et a reçu en héritage 20 ans de dépression.
Les tables rondes organisées avec la participation de Henri Malosse, Vice-président du Comité Economique et Social Européen (CESE), 3ème institution européenne, ont permis de mettre l’accent sur les points d’optimisme, inhérents aux évolutions raisonnablement espérées des différents facteurs, sources de la crise.
Pour Hervé de Carmoy, auteur de l’ouvrage « Ou va l’Amérique d’Obama », il n’est pas impossible que la confiance puisse se rétablir plus rapidement qu’envisagé et que la croissance mondiale résiste mieux qu’anticiper, tandis que Christian Saint-Etienne souligne qu’une des voies de salut passe par une volonté forte de création d’un équilibre européen de la fiscalité ; David Thesmar, Prix Turgot 2011 et François Meunier, DGA de la Coface, ont pu montrer, avec Philippe Dessertine, DG de l’Institut de
Haute FInance (IHFI) en quoi la restructuration du système bancaire et les facteurs d’entrainement du « reste du monde », en particulier des pays émergents, pouvaient contribuer à la redynamisation de la zone euro et au soutien de ses exportations.
Une forme d’optimisme que Jean-Louis Chambon reprenait dans la conclusion des travaux d’un débat qui sans doute alimentera largement l’actualité électorale, particulièrement riche en Europe dans les prochains mois.
« La France doit être consciente que les défis qu’elle devra relever dans les prochaines décennies passent irrémédiablement par le douloureux, chaotique, mais salutaire, chemin de l’Europe auquel son Histoire la rattache sans doute à jamais pour l’avenir de ses enfants et la paix… ».
Compte-rendu détaillé sur le site : lecercleturgot.com
A propos du Cercle Turgot
Ce centre de réflexions et d’analyses (think tank) sur les grands sujets économiques et sociaux dont Jean-Louis Chambon est le Président-fondateur, encourage les auteurs, favorise la recherche fondamentale et la pédagogie en promouvant les jeunes talents, il édite des ouvrages (Repenser la planète finance – 2008 – La chinamérique – 2009 et rigueur et relance 2010) et organise des conférences. Le Cercle soutient l’évènementannuel du Prix Turgot du meilleur livre d’économie financière en étroite liaison avec l’Association des Elèves de l’institut de haute finance IHFI (www.ihfiturgot. com)
