Cercle Culturel Henner

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

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Déjeuner / conférence – Paris, 11 janvier 2012

Le Cercle Culturel Henner, présidé par Rémy Robinet-Duffo, s’est fixé pour objectifs d’engager régulièrement des réflexions
stratégiques autour de personnalités exceptionnelles. Le public visé est constitué d’acteurs économiques et sociaux et d’Ambassadeurs. Après avoir invité, Raymond Soubie, Conseiller du Président de la République, Jean-Paul Betbeze, économiste, Christian  de Boissieu, Président du Conseil d’Analyse Economique, Rémy Pflimlin, Président Directeur Général de France Télévisions, Henri de Castries, Président Directeur Général d’AXA, Benoît Roger-Vasselin, Directeur des Ressources Humaines de Publicis Groupe, Président de la Commission Relations du Travail, Emploi et Formation du Medef, et Frédéric Oudéa, Président Directeur Général de la Société Générale, Thierry Saussez, Conseil en communication, ancien Délégué Interministériel à la Communication. Le Cercle culturel Henner a reçu le 11 janvier 2012, Denis Kessler, Président Directeur Général de SCOR ; le résumé de sa passionnante intervention est publié ci-après.

Jean-René Tancrède

Les perspectives  de croissance pour 2012

par Denis Kessler

La zone euro aura connu en 2011 une crise majeure et plus que jamais il apparaît nécessaire de mettre en place rapidement des mesures efficaces pour restaurer la confiance dans notre monnaie, nos banques et notre économie. Les moteurs de la croissance sont certes affaiblis mais l’économie européenne garde de nombreux atouts. Il appartient aux gouvernements en place de mettre à l’œuvre des mesures visant à réduire les déficits tout en préservant  la croissance. Pendant ce temps, les pays émergents gardent un rythme de croissance élevé et nos voisins allemands ont assaini leurs finances et retrouvé une dynamique de croissance. La France devra- t-elle réviser à la baisse ses taux de croissance pour 2012 et aussi au-delà ou a-t-elle les moyens de rebondir  ? Comment retrouver des marges de compétitivité  ? Que faut-il mettre en place pour que la France retrouve son dynamisme industriel  ?
En novembre 2002, Denis Kessler a été appelé à la Présidence de SCOR. Compte tenu de la situation  très difficile du Groupe à ce moment-là,  il  a été nécessaire de réaliser deux augmentations de capital, de mettre en place un plan de souscription orienté vers les produits et les marchés les plus rentables, de mieux maîtriser l’activité du Groupe, enfin de renforcer la gouvernance de l’entreprise. Neuf ans après, le succès est au rendez-vous. Scor est devenu un acteur majeur du marché mondial de la réassurance. Le chiffre d’affaires est passé de 2,5 à 8,5 milliards d’euros, dont plus de 90% à l’international. Le résultat net, qui était de – 455 millions d’euros en 2002 a atteint 418 millions d’euros  en 2010, sous l’effet de solides performances dans toutes les entités du Groupe.

Un opéra tragique en trois actes

Photo © Jean-René Tancrède - Téléphone : 01.42.60.36.35

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Selon Denis Kessler, les crises se déroulent comme un opéra tragique, où s’affrontent familles de pensées. Nous sommes à la première scène du troisième acte. Rien n’est définitivement joué – même si les forces du destin semblent irrépressibles. Qui va l’emporter : les hétérodoxes ou les orthodoxes ? Réponse  en 2012.
Le prologue est la période de la belle époque, celle des années 2001-2007 ; l’argent n’est pas là mais le crédit est illimité, le maître du ballet est M. Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine (la Banque centrale des Etats-Unis), les taux d’intérêts réels sont négatifs. Avec en toile de fond, pour justifier cette politique, les retombées du 11 septembre, la menace d’une récession, les efforts budgétaires pour lutter contre les terroristes…
Puis, les doutes grandissent :  l’endettement massif, le problème des subprimes.
Les premières difficultés bancaires arrivent, et le 15 septembre  2008, Lehman Brothers est en situation de faillite. Le G20 est créé dans la foulée.
Acte I : Ceux qui ont cru à une crise conjonc- turelle ont recouru aux remèdes traditionnels de la  politique économique keynésienne : relancer  la  consommation, en gonflant  les dépenses publiques et sociales, et en laissant filer les déficits.  Les déficits vont réguler la conjoncture, il faut éviter la contraction de la consommation, certains vont même jusqu’à envisager  la  dévaluation compétitive…  La croissance revient, le chômage se résorbe et les rentrées fiscales comblent le déficit. Mais, cette mécanique macroéconomique s’est vite complètement enrayée. Les dépenses collec- tives ont progressé, le déficit s’est emballé et l’économie a connu un double plongeon. A la place du retour espéré de la croissance, on va connaître une stagnation ou une récession. What went wrong  ?

Acte II : La crise n’était pas conjoncturelle mais structurelle. Le  recours  à  une  thérapie inadaptée, conçue en économie fermée,  a déclenché  des effets  pervers multiples et
durables :   déficit  du  commerce extérieur spectaculaire – la relance de la consommation intérieure s’est traduite par une augmentation des importations -, déficit  explosif et dette publique insoutenable, augmentation de ses coûts de refinancement… Le hasard a voulu que les agences de notation expriment des doutes sur la qualité de la signature de l’Etat emprunteur. On aurait pu l’anticiper, mais la croyance dans l’alchimie économique a fait qu’on  l’a  ignoré.  Conséquence :  il   a fallu rapidement endiguer le déficit public et enrayer la croissance des dépenses. On augmente les prélèvements, ce qui ralentit l’activité et freiné la contraction du déficit. Ceci se traduit par une hausse des taux d’intérêts qui renchérit le coût de la dette… et ralentit l’ajustement budgétaire. La baisse des dépenses sociales et publiques a été écartée en raison de la crise ! La hausse des prélèvements de toute nature fait que la compétitivité se dégrade davantage, ce qui freine l’autre moteur asthmatique de la croissance : les  exportations. On a oublié que l’on appartient à une zone monétaire et que le taux de change est donné.

Acte III : Il existe trois solutions pour s’acquitter de ses dettes : faire  défaut, baisser les dépenses pour dégager du cash flow et rembourser ou jouer sur l’inflation (comme le font en partie les Etats-Unis et le Royaume Uni).
Il est, donc, envisagé de monétiser les dettes publiques massives accumulées au cours des années passées, en considérant que si la banque centrale achète tous les titres publics pour les loger dans son bilan, il n’y a plus de problème de déficit, puisque son refinancement est assuré à bon prix. Et on court-circuite les marchés qui exigent des primes de risque compte tenu de la dégradation de la qualité de la signature.

Quel épilogue ?

Cette solution permettrait de continuer à dépenser en rond sans avoir à faire les efforts pénibles de réformes structurelles. Les mêmes qui appelaient hier de leurs vœux le déficit
comme remède à la  crise – avant-hier la réduction du temps de travail comme remède au chômage – demandent aujourd’hui à grands cris la monétisation  de la dette. Qu’on qualifie de politique monétaire « non orthodoxe », cela passe mieux que politique hétérodoxe. Loger les dettes publiques – dont la qualité se dégrade – dans le bilan de l’institut d’émission peut créer un risque majeur pour sa solvabilité : son bilan grossit et ses ratios se détériorent. A terme, cela peut évidemment créer un risque d’inflation. La multiplication des signes monétaires, dont la contrepartie est des titres de dette publique, sera tôt ou tard inflationniste. La politique monétaire hétérodoxe considère implicitement que l’inflation  est un «  benign neglect ». Dévalorisons toutes les créances, remboursons- les en monnaie fondante, spolions les déposants et les épargnants. Plutôt que de réduire les déficits et les dépenses publiques et sociales, plutôt que de privilégier l’épargne et l’investissement pour préparer le long terme et restaurer la compétitivité, laissons faire la taxe d’inflation,  sournoise, invisible,  qui frappe aveuglément.  Pratiquons «  l’euthanasie  de rentiers » comme le voulait Keynes, des naïfs qui ont fait confiance à l’Etat en souscrivant bêtement ses titres.
Nous allons vers des années difficiles :  le désendettement est la pire des périodes, cela devrait se traduite par une augmentation des impôts, des difficultés à financer les investissements et l’apparition d’un « credit crunch ». Avant de dégager du cash- flow il faudra du temps. L’argent a été utilisé à mauvais escient : en finançant des dépenses courantes. La seule solution est de donner la priorité à la production et de privilégier tous les mécanismes d’accumulation :  l’investissement, l’épargne, restaurer la capacité  de production, la connaissance, les savoirs, l’innovation et  la recherche…
La réforme des retraites a été insuffisante, le maintien des 35 heures a coûté depuis 2 000,
125 milliards d’euros  pour  simplement accompagner le dispositif. Le Code du travail français atteint une complexité invraisemblable, là où le code du travail suisse ne comporte que quelques pages…
L’Etat qui emprunte pour payer ses salaires ne donne pas le bon exemple.
Dans le grand mouvement de désendettement en cours ou à venir, les Etats-Unis ont pris de l’avance, avec déjà un désendettement significatif du secteur privé.
L’épargne en France, qui est élevée, est stérilisée car elle sert surtout  à refinancer de la dette publique et donc des emplois improductifs. L’économie   de   désendettement  est  une économie de fonds propres sur le plan familial, institutionnel et public.
Restaurer la confiance permettrait de dégager de l’épargne préalable, la suppression de l’ISF aurait pour avantage de développer l’économie familiale et de freiner les délocalisations (plus de 2 000 ETI sont parties de France).
La simplification de la  carte des collectivités territoriales reste une des priorités,  avec la réduction des dépenses de l’Etat.
La loi des 3 V doit être mise en place : une Vision, une Volonté et des Valeurs. Les américains  ont  cette règle exemplaire de fonctionnement : «  we  need a story ».  2012-102

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