Préfecture des Hauts-de-Seine, Nanterre – 3 octobre 2011
En l’Hôtel du Département des Hauts-de-Seine, le Premier Président de la Cour de cassation Vincent Lamanda a remis à la Bâtonnière en exercice Catherine Scheffler, les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur ce 3 octobre 2011.
De nombreuses personnalités se sont retrouvées pour l’occasion dans les Salons d’honneur de la Préfecture alto- séquanienne afin d’entourer la récipiendaire de leur affection, l’Officiant s’est exprimé en ces termes :
La cérémonie qui nous réunit ce soir m’est une source toute particulière de joie ; d’abord, parce qu’elle illustre la force des liens de cordiale estime que ni le temps ni l’éloignement ne sont parve- nus à entamer.
Mais surtout, parce que la décoration que je vais avoir le privilège de vous remettre, Madame la Bâtonnière, rend hommage à une personnalité dont la profonde humanité a constamment fait honneur à sa profession.
Celui que vous avez désigné pour cette
remise d’insignes de chevalier de la légion d’honneur n’en est que plus sen- sible au choix que vous avez fait de lui comme parrain dans notre premier ordre national.
Grâce à vous, ce soir, l’honneur est en pleine lumière.
Le nombre et la qualité des personnali- tés, des magistrats, des avocats, des amis qui vous entourent en ce grand moment, témoignent, combien ils sont heureux de prendre part à l’honneur qui vous est rendu.
L’éclat de la décoration vous distin- guant rejaillit sur l’ordre aux destinées duquel vous présidez depuis le 1er jan- vier 2011.
Soyez félicitée pour l’honneur avec lequel vous représentez vos confrères et l’un des tout premiers barreaux de France.
« L’honneur a ses règles », nous enseigne Montesquieu. « Il donne la vie aux lois, aux vertus mêmes ».
Oui, par votre droiture, par la rigueur déployée dans tous les domaines que vous embrassez, par votre conscience professionnelle exigeante, par votre goût de l’effort et du partage, par la sin- cérité des relations que vous savez éta- blir et entretenir avec tous ceux qui ont la chance de vous côtoyer, vous êtes vraiment digne d’être aujourd’hui à l’honneur.
L’étoile à cinq rayons doubles, reliés par des branches de chêne et de laurier que je vais épingler sur votre robe sera le signe visible et presque tangible qui permettra désormais à chacun de retrouver la trace de cette énergie, de ces nombreux talents illustrés dans votre exercice professionnel et de cette attention particulière aux autres qui compte pour beaucoup dans votre vocation.
Cette foi, cette volonté inlassable de tout mettre en œuvre pour défendre, avec conviction et abnégation, votre idéal de justice, s’illustrent non seule- ment à travers les causes qui vous sont confiées, mais aussi par l’enthousiasme et la générosité avec lesquels vous vous dévouez sans compter pour l’intérêt général.
Si j’évoque d’emblée ces deux lignes de
forces, c’est qu’elles me semblent révéler une rare élégance du cœur et de l’esprit ainsi qu’un souci d’authenticité qui n’appartiennent qu’aux meilleurs. L’action au contact des autres, en faveur des autres, s’accorde parfaite- ment avec vos convictions personnelles et les qualités que l’on vous reconnaît. D’abord, l’abnégation, je l’ai déjà men- tionnée. En effet, être utile à l’intérêt collectif est pour vous un impératif qui impose modestie et oubli de soi. Cette humilité donne encore plus de force et de relief, à votre mérite.
Le service des autres ensuite. A vos yeux, l’autre est toujours digne d’écoute et de considération. Vous vous deviez d’être une voix pour les sans-voix.
La détermination enfin. Chacun loue votre constance et votre sûreté de juge- ment et rappelle combien vous êtes exi- geante avec vous-même et fidèle à vos valeurs.
Ces vertus vous les avez forgées sur le terrain. C’est la meilleure des écoles, lorsqu’à votre image, l’on y trace son sillon avec courage et intégrité.
Cette belle constance est perceptible dès l’aube de votre parcours.
A l’Université de Paris-ouest Nanterre, vous effectuez de brillantes études et obtenez successivement un diplôme d’études approfondies de sciences cri- minelles, et un autre de droit civil.
Vos qualités de juriste sont très tôt remarquées. Elles conduisent vos pro- fesseurs à vous confier des enseigne- ments tant en droit civil qu’en droit pénal, au sein de l’Unité de formation et de recherche de sciences juridiques, en 1980, puis à l’Unité de formation et de recherche d’administration écono- mique et sociale, en 1982.
Vous auriez pu embrasser une carrière universitaire. Pourtant, l’appel du bar- reau est plus fort. Vous vous consacrez à la préparation du Certificat d’apti- tude à la profession d’avocat au Centre régional de formation professionnelle des avocats de la cour d’appel de Versailles qui reçoit votre serment le
12 décembre 1984.
Vous vous inscrivez aussitôt au bar- reau des Hauts-de-Seine pour y exercer
en association avec votre époux, Me Alain
Boulard. Auprès de ce futur bâtonnier de l’or- dre, vous ne pouviez trouver, là encore, meil- leure école ; d’ailleurs, l’excellence de votre exer- cice professionnel vous vaudra deux mentions de spécialisation, d’une part, en droit pénal et, d’autre part, en droit des personnes.
Dès vos premières années de palais, vous don- nez l’illustration d’un engagement sans faille. A compter de l’année 1986, vous allez ainsi vous impliquer avec passion dans la défense des plus faibles au sein du groupe spécialisé dans la défense des mineurs.
C’est tout aussi activement que vous vous consacrez à la formation de vos futurs confrères en qualité de coordinatrice et membre du jury de l’examen d’entrée à l’Ecole des barreaux du ressort de la cour d’appel de Versailles. Désormais, la vie des instances représentatives de votre profession va porter la marque de votre vocation innée pour le bien commun.
En 1996, vous accédez au Conseil de l’ordre des avocats au barreau des Hauts-de-Seine ; vous y serez constamment réélue. Vous savez faire la démonstration de votre disponibilité, en apportant aux commissions « Formation »,
« Pénale », « Vie judiciaire » et « Relations extérieures » un double trésor de compétence : celui d’une juriste de premier plan, allié à la réflexion d’un avocat rompu à la résolution des multiples difficultés que seule la pratique révèle. L’estime et la confiance que vous accordent vos confrères, justifient que le Bâtonnier vous désigne en qualité de déléguée générale chargée du tableau de l’Ordre. Vos responsabilités ordinales s’étendent aussi à la sphère financière, puisqu’en qualité de membre du conseil d’administration de la Caisse des règlements pécuniaires des avocats de Nanterre, vous veillez, avec la plus grande rigueur, au strict respect de la
réglementation du maniement de fonds.
Parallèlement à vos occupations professionnelles, vous ne cessez de vous investir avec bonheur dans l’enseignement et la formation. Ainsi, directrice des études de l’Ecole des avocats de 1997 à 1998, vous en devenez vice-présidente, puis présidente en 2002 et 2003 et occupez, depuis 2007, les fonctions de co-directrice des études.
Capables de mener de front, avec un remarquable brio, des activités multiples, louée tant pour votre compétence que pour vos prises de position claires et votre extrême courtoisie, vous êtes naturellement élue, à la fin de l’année
2010, bâtonnier de l’ordre des avocats au barreau des Hauts-de-Seine.
Outre vos fonctions de gestion et d’administration de l’Ordre, vous prévenez et conciliez les différends de nature professionnelle entre les avocats, instruisez toutes les réclamations formées par des tiers, notamment en matière d’honoraires. Animée du même esprit, vous assurez aussi, depuis le 1er janvier 2011, la présidence de la Caisse des règlements pécuniaires des avocats de Nanterre.
Ces nouvelles étapes dans votre brillant parcours sont autant d’opportunités d’illustrer ces valeurs qui pourraient aussi bien vous définir : courage, ouverture aux autres et exigence intellectuelle envers vous-même.
Sans relâche, vous vous attachez à accomplir vos mandats dans un esprit constructif, en mettant tout en œuvre pour que l’accès au droit et à la Justice soit pour chacun une réalité et que tous, même le plus démunis, bénéficient d’une défense et d’un conseil de qualité.
A ces traits de votre riche personnalité, vous savez ajouter cette nuance d’ironie, jamais amère, et de bonheur positif, communicatif d’enthousiasme. J’ai pu en gouter toutes les facettes lors de mémorables revues de l’UJA.
Tout votre esprit se retrouve dans votre sourire.
A l’issue de ce tour d’horizon forcément trop bref, deux constantes me semblent s’imposer : votre fidélité inaltérable à l’idéal d’une Justice répondant pleinement à sa fonction sociale et ce sens du bien commun où votre dévouement inlassable puise sa source.
Ce sont là, à l’évidence, vos meilleurs atouts tant pour le présent à la tête du barreau des Hauts- de-Seine que pour votre avenir et le futur de votre profession où vous aurez, comment en douter, un rôle déterminant à jouer.
Car, en vous conférant le grade de chevalier de la Légion d’Honneur, ce sont non seulement vos éminents mérites qui sont récompensés mais encore votre volonté d’apporter au rayonnement de la profession d’avocat et au service de la justice le meilleur de vous-même.
En cela vous vous inscrivez pleinement, dans la lignée des grands bâtonniers dont l’histoire garde la mémoire, parce qu’ils conjuguent connaissance approfondie du monde et hauteur de vues ; parce qu’ils portent sur leurs confrères, notamment les plus jeunes, un regard plein d’humanité, celle du mouvement naturel d’un cœur généreux. Décidément, Madame la Bâtonnière, grâce à vous, ce soir, l’honneur est en pleine lumière.
Le parcours professionnel de Catherine
Scheffler est exemplaire à plus d’un titre : ses combats syndicaux et ordinaux reflètent sa participation active à l’œuvre de Justice.
Il était légitime que la République mette en lumière les talents de cette femme loyale, rigoureuse et reconnue par ses pairs.
Nous lui adressons nos chaleureuses félicitations et saluons son acharnement sans faille pour le respect des droits de la défense.
Jean-René Tancrède
2011-492

