Rentrée Solennelle – 24 juin 2011
La rentrée du Jeune Barreau d’Aix-en-Provence s’est déroulée sous la Présidence du Bâtonnier Claude Lassalle assisté de son Dauphin Catherine JonathanDuplaa le 24 juin dernier en présence des représentants des mondes judiciaire et politique parmi lesquels Alain Pouchelon et Jean-Luc Forget, Président et Premier Vice-Président de la Conférence des Bâtonniers, Paule Aboudaram représentant le Président du Conseil National des Barreaux, Bernard Vatier Président d’Honneur de l’Union Nationale des Caisses d’Avocats ou encore Jean-Yves Le Borgne Vice-Bâtonnier du Barreau de Paris.
Pour le Bâtonnier Claude Lassalle « il appartient aux avocats d’entretenir la rhétorique, non comme une relique, mais comme un art vivant, moderne, adapté aux exigences de notre temps. »
Sarah Labi et Frédéric Bérenger, respectivement premier et second lauréat du concours d’éloquence, ont prononcé les traditionnels discours d’usage avant de recevoir leurs prix.
Dans le majestueux cadre de la salle des pas perdus du Palais de Verdun où se déroulait cette manifestation, le Bâtonnier Claude Lassalle a évoqué le riche passé du Parlement de Provence, du Barreau aixois et de l’Université qui a célébré en 2009 son six centième anniversaire. Il a ainsi rendu hommage à trois personnalités ayant « laissé un souvenir à jamais inscrit dans l’histoire » : Jean-Marie Etienne de Portalis et Honoré Gabriel Riquetti, Comte de Mirabeau qui étudièrent ensemble à la Faculté de droit, puis Joseph Pascalis qui fut un adversaire politique de Mirabeau et « le défenseur de la constitution provençale, de l’égalité proportionnelle et du maintien des libertés publiques ».
Claude Lassalle a aussi livré ses réflexions sur le fonctionnement de la profession et fait part de son incompréhension face à la « distorsion de moyens humains, techniques et financiers entre les différents Barreaux. »
S’adressant à ses confrères Bâtonniers ainsi qu’au président et au vice-président de la Conférence des Bâtonniers, il a déploré que chacun se contente de gérer son « pré-carré ».
Pourtant, « en offrant quelques moyens financiers supplémentaires à certains Barreaux qui n’accueillent plus de jeunes avocats, ceux-ci pourront de nouveau montrer leur vitalité » : il a ainsi plaidé pour plus d’égalité et suggéré plusieurs mesures.
S’agissant de l’aide juridictionnelle, dont le coût de gestion est devenu insupportable pour certains Barreaux à cause de l’insuffisance des intérêts du placement des fonds d’Etat, il a proposé la mise en place d’un « centre mutualisé sous le contrôle de deux ou trois Bâtonniers dont le coût, serait en tout état de cause moins onéreux pour chacun des Barreaux. »
La formation continue pourrait également faire l’objet d’une mutualisation en concertation avec l’Ecole des Avocats afin de fournir au sein d’un ressort, si ce n’est sur le territoire, une offre organisée et réfléchie à partir d’un ou plusieurs Barreaux organisateurs.
Enfin, Claude Lassalle a même « osé » évoquer la mutualisation d’une petite partie des produits afin que les Barreaux, qui financièrement n’ont pas de difficulté, puissent aider ceux qui ne peuvent plus financer d’actions.
Si la solidarité entre Barreaux existe déjà en cas de difficulté importante, le Bâtonnier Claude Lassalle a souhaité que celle-ci existe désormais « journellement », considérant qu’il convient de fédérer concrètement les forces et « construire une profession moderne et représentative ».
Jean-René Tancrède
Terre de droit
par Claude Lassalle
[...]
C’est le Bâtonnier qui s’adresse à vous mais c’est également l’Aixois qui est viscéralement attaché à sa ville Aix.
Aix ville de la 1ère Cour d’appel de province, ville du 12ème TGI de France, ne peut se contenter d’un projet d’un nouveau tribunal a minima. Certes je veux bien entendre que les possibilités financières ne soient pas extensibles et que d’autres villes, Strasbourg ou Lille, soient également en demande. Mais il est difficile d’imaginer que nous ne pourrons obtenir le nouveau tribunal, voire la nouvelle cité judiciaire, que notre ville, votre ville, à la fois par son passé mais également justifié par son présent au Centre de la Communauté du Pays d’Aix, regroupant 34 communes, à laquelle s’ajoute la Communauté d’agglomération d’Ouest Provence avec les villes d’Istres et Fos et celle du Pays Martégal, avec ses villes de Martigues, Port de Bouc, soit un territoire regroupant 550 000 habitants dont 150 000 à Aix, est en droit d’espérer.
Certes je sais et vous me l’avez écrit, que la Ville d’Aix et la Communauté, sont prêtes à faire un effort financier. Le coût chiffré par l’Etat vous parait anormalement élevé. Mais l’on peut regretter que l’Etat continue de finan- cer des loyers importants pour les locaux du tribunal de grande instance et du conseil des prud’hommes, alors que le montant pourrait servir au remboursement d’un emprunt qui pourrait permettre d’entrevoir la construction d’une véritable cité judiciaire.
Beaucoup d’Aixois et habitants de cette communauté ne comprendraient pas que notre ville ne soit pas dotée d’une cité judiciaire conforme à ce qu’elle représente et à ce qu’elle est dans le monde du Droit et de la Justice. Ce projet doit être mené en pleine concertation avec les chefs de Cour et en premier lieu Madame la Première présidente et Monsieur le Procureur général. En souhaitant que le bâtonnier, que ce soit moi-même ou mon successeur, puisse être convié à participer aux études pour sa réalisation, car ne l’oublions pas, nous sommes des auxiliaires de justice.
Car Aix est Terre de Droit.
Elle le tire de son riche passé qui remonte au Palais des Comtes de Provence, palais édifié en 1153 et dont les soubassements sont visibles sous cette salle des Pas Perdus.
Au début celui-ci ne comprenait que deux chambres dont l’une statuait au pénal alors qu’au milieu du XVIIIème siècle il comptait 5 chambres avec 57 magistrats du siège et huit du parquet.
Le Palais Comtal vers la fin du XVIIIème siècle menaçait ruine et mettait en danger l’intégrité physique sinon la vie des magistrats.
Et le 29 mars 1776, le Premier président se plaignit officiellement de l’état de délabrement du Palais (cela me rappelle un événement très récent Madame la Première présidente).
Par lettre Patente en 1785, Louis XVI ordonna la construction d’un nouveau Palais qui ne fut achevé qu’en 1832. Pas tout à fait terminé puisqu’à l’origine la salle des Pas Perdus était à ciel ouvert. Las de subir les intempéries de toutes sortes, les magistrats aixois demandè- rent la couverture de cette salle. Dans les années 1860 cette magnifique verrière fut ins- tallée, magnifique mais instable aujourd’hui. Aix Terre de Droit – Egalement par son uni- versité et sa faculté de droit qui, il y a deux ans, a fêté son six centième anniversaire.
Tant du temps du Parlement de Provence et ensuite devant cette Cour, de très grands avocats formés à la Faculté de Droit ont illustré le Barreau d’Aix et y ont laissé un souvenir à jamais inscrit dans l’histoire.
Au temps du Parlement de Provence, les avocats furent associés à l’activité judiciaire et administrative ce qui se traduisit par des responsabilités importantes que l’on peut difficilement imaginer aujourd’hui, alors que beaucoup d’entre nous ont l’impression que le législateur envisage de vouloir sortir l’avocat des juridictions. Une des grandes responsabilités qui fut donnée fut l’assessorat. Le pouvoir à cette époque était délégué à des administrateurs dénommés les procureurs du Pays qui s’adjoignirent les assesseurs qui devinrent en fait les véritables administrateurs. Ceux-ci devaient être obligatoirement choisis parmi les avocats du barreau d’Aix. Les assesseurs ont joué un rôle important pendant plusieurs siècles. Parmi les derniers assesseurs, dans les années 1773 à 1780, figuraient, en particulier, deux confrères, deux avocats dont la personnalité, le talent, le nom, sont intimement liés à un troisième homme politique.
Je voudrai évoquer brièvement ces trois personnalités qui ont marqué l’Histoire de notre cour, de notre barreau et de notre ville et de la France.
Jean-Marie Etienne de Portalis :
Reçu avocat en 1765 (il avait 19 ans), il débuta dans notre barreau où il ne tarda pas à s’impo- ser parmi les tout premiers jurisconsultes de Provence. Il se forgea très vite une grande réputation en exerçant ses talents dans plu- sieurs procès retentissants comme celui de Beaumarchais ou celui de Mirabeau.
Il se fit remarquer par la simplicité qu’il apportait à ses plaidoiries : c’était rompre avec les traditions, les vieux avocats l’en blâmèrent et il répondit « C’est le Barreau qui a besoin de changer d’allure, non pas moi ».
Très rapidement désigné aux fonctions d’as- sesseur, il devint député aux Etats de Provence et sa mission achevée, il revint au Barreau. Puis la Révolution éclata. Il adopte les idées révolutionnaires de 1789 qu’il défendit au Parlement de Provence et au Conseil municipal d’Aix. Mais très vite, il se détache des excès de la Révolution et se retire dans sa propriété près de Toulon.
Mais avec la fuite du Roi Louis XVI et la prise de pouvoir des révolutionnaires radicaux, il est obligé de fuir et de se réfugier à Lyon où il s’inscrit au Barreau. En 1793, en plein procès de Louis XVI, sa nature courageuse et l’indignation le poussèrent à plaider une défense du Roi devant de nombreuses personnes. Obligé de fuir, il se réfugia à Paris où il pensait que l’anonymat parisien le protègerait. Dénoncé, il fut emprisonné et ne dû la vie sauve qu’à la chute de Robespierre. Exilé, il ne rentra en France qu’après le coup d’Etat du 18 brumaire.
Le premier Consul, qui estimait ses talents, le nomma Commissaire de Gouvernement, puis Commissaire.
C’est à lui, mais vous le savez, que l’on doit le « Discours Préliminaire » qui précède le projet de Code civil et les exposés des motifs des titres, du mariage, de la propriété, des contrats aléatoires Si son corps a été déposé au Panthéon, son esprit, matérialisé par une statue devant le Palais Verdun, plane toujours au-dessus de nous.
Vous remarquerez que je n’ai cité que brièvement le nom de Mirabeau.
“Il est difficile d’imaginer que nous ne pourrons obtenir le nouveau tribunal, voire la nouvelle cité judiciaire, que notre ville, votre ville, à la fois par son passé mais également justifié par son présent au Centre de la Communauté du Pays d’Aix est en droit d’espérer.” Claude Lassalle
Portalis / Mirabeau, Mirabeau / Portalis…
Honoré Gabriel Riquetti, Comte de Mirabeau, celui dont la statue se dresse derrière nous, semble à la fois nous protéger et nous indiquer un chemin à suivre, mais quel chemin ? Après avoir étudié à la faculté de Droit, où il fréquenta Jean Etienne Portalis, l’Histoire retiendra qu’il fut élu en tant que député du Tiers Etat à Aix et à Marseille, aux élections des Etats généraux de 1789. De la petite histoire il résulte que s’il a été élu député du Tiers Etat, c’est parce que la noblesse locale, dont il faisait partie, n’en voulu point.
La raison ? Il y en a sûrement plusieurs. Mais l’une d’entre elles est évidente. Elle est en droite ligne de sa demande de séparation de corps d’avec Emilie, fille du puissant Marquis de Marignane. Celle-ci fut défendue par le brillant avocat Portalis. La famille du Marquis fit en sorte qu’aucun avocat aixois ne puisse le défendre, les ayant par une grande habilité, tous consulté. Seul un jeune avocat que la famille de Marignane avait dédaigné de consulter, Me Jaubert, aurait défendu Mirabeau, mais ce dernier le jugeant trop inexpérimenté, décida de se défendre seul.
En face de lui, quatre avocats Jean-Marie Etienne Portalis et Jean-Joseph Pascalis. Mirabeau a surtout eu à affronter Portalis. Certains rapportent qu’au cours d’audiences particulièrement houleuses, Portalis n’aurait pas eu une attitude glorieuse et Mirabeau lui reprocha de trahir tous les principes moraux auxquels la profession d’avocat était attachée. D’autre disent que Mirabeau ne montra aucun ressentiment à l’encontre de Portalis car, non seulement il reconnut publiquement ses qualités d’orateur et sa loyauté, mais surtout il lui demandera son appui lors de la campagne électorale de 1789 pour les Etats Généraux.
Mirabeau – Portalis / Portalis – Mirabeau /
Mirabeau – Pascalis
La relation qui unit Mirabeau à Pascalis est toute autre. Certes Pascalis a également été un défenseur d’Emilie de Marignane, mais leurs rapports sont beaucoup plus tragiques.
Jean-Joseph Pascalis était un adversaire politique de Mirabeau. Il fut le défenseur de la constitution provençale, de l’égalité propor- tionnelle et du maintien des libertés publiques. Il a été un avocat qui eut une influence locale importante au début de la Révolution. Il avait été assesseur d’Aix.
L’Assemblée constituante, par une décision du 2 septembre 1790 supprima l’Ordre des Avocats. Que se passa-t-il alors à Aix ? Le Parlement de Provence était en vacances, seule était restée à Aix une poigné de magistrats et d’avocats.
Le 27 septembre 1790 eut lieu la dernière audience de la Chambre des vacations. Les avocats aixois présents décidèrent de faire de cette audience la dernière du Parlement de Provence, avant la disparition définitive de l’Ordre des Avocats au Parlement.
Entouré par une quinzaine d’avocats, Me Pascalis se fit annoncer solennellement à l’audience des vacations, et demanda la parole. Il prononça alors un discours qui devait lui couter la vie. La teneur de celui-ci se répandit dans toute la ville et mis hors de lui un homme, l’abbé Rive. Celui-ci étant très lié à Mirabeau et l’on dit même, mais l’histoire est incertaine, que ce dernier l’aurait utilisé, connaissant son aversion envers Pascalis.
Pascalis se retirât à la Mignarde, bastide des environs d’Aix où, sous la pression du sinistre abbé, en décembre 1790, une cinquantaine de révolutionnaires vinrent le chercher et le jetèrent dans un cachot dont il sera extrait le lendemain pour être emmené sur le Cours qui ne s’appelait pas Mirabeau, et y être pendu en face de sa maison.
Il conviendra que le Barreau lui rende un jour l’hommage qu’il mérite.
“Comment accepter, ne serait-ce qu’au sein d’une même conférence régionale, ou tout au moins dans le ressort de notre cour d’appel, qu’il puisse exister une telle distorsion de moyens humains, techniques et financiers entre les différents barreaux.” Claude Lassalle
Portalis – Mirabeau – Pascalis
L’histoire aura retenu les noms des deux premiers, mais beaucoup moins celui de Pascalis, avocat qui n’a pas transigé sur ses idées en mettant ainsi sa vie en péril.
Jean-Joseph Pascalis, un avocat brillant et courageux, cette dernière qualité doit se retrouver chez tous les avocats.
Le courage de l’avocat sera d’ailleurs le thème du discours du deuxième secrétaire du Jeune barreau.
Mirabeau, homme politique mais orateur flamboyant Portalis, l’orateur précis, Pascalis, l’orateur courageux.
Ces deux derniers avocats… notre profession d’avocat.
Au moment où je commence à entrevoir la fin des fonctions de bâtonnier qui m’ont été confiées par mon barreau, très modestement, je voudrais m’adresser à mes confrères bâtonniers et très humblement bien sûr, au président et au vice-président de la Conférence des bâtonniers.
Certes je pourrais traiter de toutes les avancées de notre profession et de toutes ses difficultés. Je pourrais me féliciter, comme chacun d’entre vous, de la possibilité que va offrir aux avocats, l’acte contresigné par un avocat, juste recon- naissance de nos compétences juridiques et de notre déontologie, l’extension de nos droits d’intervention en tant que mandataire en transaction immobilière et mobilière, mandataire sportif et pourquoi pas demain avocat en entreprise, ce qui ne manquerait pas de créer de nombreuses difficultés au regard de notre déontologie et de notre indépendance.
Et, en vue de la Convention nationale des avocats à Nantes, des conventions préparatoires ayant pour thème la fiducie, le blanchiment, les règlements alternatifs des conflits (etc.), ont été organisées par différents barreaux. Ce qui démontre que notre profession est à l’avant-garde des nouvelles questions juri- diques qui se posent dans notre monde de droit et économique.
Pour tout ce travail, veuillez recevoir toutes nos félicitations. Celui-ci permettra, nous le souhaitons, de rallumer les étoiles, tel sera le thème du discours de la première secrétaire du Jeune barreau.
Mais tous ces succès ont un dénominateur commun, le faible coût, pour ne pas dire l’absence de coût pour l’Etat. Car dès que l’Etat doit s’engager financièrement la voix puissante des avocats n’arrive plus à franchir les portes des ministères, surtout celui du ministère de l’Economie et des Finances. La Réforme de la garde à vue et ses nécessaires incidences financières en est la démonstration actuelle. Monsieur le Président, nous sommes le 24 juin et je ne sais pas, les bâtonniers ne savent toujours pas, comment dédommager nos confrères qui depuis le 15 avril, assurent toutes les permanences de garde à vue et sont présents pendant le déroulement de celles-ci. Certes un décret est sur le point de paraître, dont le contenu aura peu de chances de nous satisfaire. Mais toujours pas d’argent dans les caisses des barreaux. Nos confrères sur le terrain ne pourront pas continuer longtemps d’assurer le formidable travail de défenseur qu’ils réalisent. Mais, plus que tous ces combats tournés vers notre environnement juridique et financier, je voudrais vous faire part de quelques réflexions sur le fonctionnement de notre profession.
Je ne traiterai pas d’une éventuelle réforme de la gouvernance tant au niveau national que régional. Le débat est à nouveau ouvert.
En effet, quitte à paraître iconoclaste dans mes propos, je dois dire, mes chers confrères, que je n’arrive pas à comprendre comment nous les bâtonniers, responsables de notre profession, dont l’intelligence prospective devrait permettre de construire l’avenir de celle-ci, pouvons-nous nous contenter de gérer notre « pré-carré », sans essayer de construire une profession moderne et représentative.
L’exercice des fonctions de bâtonnier m’amène à cette constatation : comment accepter, ne serait-ce qu’au sein d’une même conférence régionale, ou tout au moins dans le ressort de notre cour d’appel, qu’il puisse exister une telle distorsion de moyens humains, techniques et financiers entre les différents barreaux et ce, pour le service que nous devons offrir à nos confrères.
Tous les avocats, tous nos confrères avocats, quel que soit le barreau où ils s’inscrivent, devraient être égaux dans l’exercice de notre profession.
Il ne peut être envisagé d’abandonner l’idée d’un maillage territorial, non pas seulement parce que les avocats doivent être présents « Là où il y a un procureur, il doit y avoir un bâtonnier », mais surtout parce que nous sommes, au même titre que les instituteurs le sont pour donner les premières connaissances, et lorsqu’une école disparaît le village meurt, une des deux professions, avec celle des notaires, capables d’apporter nos connaissances juridiques sur tout le territoire. Force est de constater que tous les barreaux ne peuvent mener cette mission car ils ne peuvent bénéficier, malgré les nouvelles technologies, de moyens identiques à ceux mis à la disposition des avocats inscrits auprès d’un barreau voisin plus important.
Il faut fédérer, assembler nos forces, cela a déjà été dit, écrit, mais sur le terrain peu d’effet. Pourtant il existe des possibilités très simples à appliquer :
Aide juridique
Nous gérons l’organisation administrative et financière de l’aide juridictionnelle. Et pour cela, nous avons tous reçu les félicitations de la Cour des comptes. Cette gestion a un coût pour nos barreaux qui pouvait être supportable lorsque le placement des fonds d’Etat produisait des intérêts suffisants. Depuis trois ou quatre années, ce n’est plus le cas. Pourquoi ne pas créer un centre mutualisé sous le contrôle de deux ou trois bâtonniers dont le coût, serait en tout état de cause moins onéreux pour chacun des barreaux.
Est-ce qu’un tel centre de gestion serait difficile à mettre en place ? Non.
Il serait directement relié au SAR qui reçoit maintenant les fonds d’Etat.
Est-ce qu’un tel centre mettrait à mal l’imperium du bâtonnier ? Non, car nous sommes avant tout au service de nos confrères.
Il en est de même du financement de l’accès au droit. Organiser des consultations gratuites nécessite une gestion administrative, humaine et financière. Des barreaux ne peuvent plus organiser ces consultations alors que certains barreaux voisins le peuvent. Est-ce normal ?
Formation
Nous devons assurer avec l’Ecole des avocats, la formation continue de nos confrères car l’on peut difficilement, demain, sanctionner ceux- ci si nous n’avons pas la capacité de leur offrir suffisamment d’heures leur donnant, compte tenu des champs d’application, le choix le plus large. Or, dupliquer des formations de qualité dans tous les barreaux entraine un coût formation supportable ou insignifiant pour certains barreaux, mais impossible à envisager pour d’autres. Certes notre générosité fait que par des initiatives nous proposons à d’autres barreaux de participer à nos propres formations. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut mutualiser la formation en concertation avec l’Ecole des avocats afin que sur l’ensemble du territoire, au minimum du ressort, au nom de notre cour d’appel, nous puissions fournir une offre organisée, réfléchie ensemble et que l’on puisse, à partir d’un barreau ou plusieurs barreaux organisateurs, dispenser, grâce aux moyens modernes, cette formation à tous les barreaux. Il existe le concept Visio-barreaux qui vient d’être repris par l’UNCA. Développons-le, rendons le moins onéreux. Ainsi, tel ou tel confrère de tel ou tel barreau n’aura pas à faire 80, 100 ou 200 kms afin de suivre une conférence qui l’intéresse.
Solidarité
Enfin, j’ose, pourquoi ne pas être encore plus innovant. J’ose proposer une mutualisation d’une petite, toute petite partie de nos produits afin que les barreaux qui financièrement n’ont pas de difficultés, pourraient aider à vivre sinon à survivre des barreaux qui ne peuvent plus financer aucune action.
Certes il peut exister des obstacles juridiques et fiscaux. Ceux-ci seraient les plus faciles à surmonter : création d’une association Holding dont les différentes associations CARPA seraient associées et qui aurait pour objet de ventiler ou d’attribuer les cotisations versées par l’ensemble des CARPA. Mais l’obstacle le plus difficile à surmonter me semble être la volonté, le désir de vouloir être totalement maître chez soi. Et donc la volonté de ne rien modifier. Pourtant, en offrant quelques moyens financiers supplémentaires à certains barreaux qui n’accueillent plus de nouveaux jeunes avocats, ceux-ci pourront de nouveau montrer leur vitalité. Non la profession ne peut admettre que cer- tains barreaux disparaissent, autrement que par la volonté du législateur, humainement, intellectuellement et pour finir matérielle- ment. La profession a besoin de tous les bar- reaux, de tous les avocats de tous les barreaux. A tous nos principes il faut en ajouter un de plus : la solidarité, la confraternité étant entre avocats, la solidarité entre barreaux. Cette solidarité existe puisque si une difficulté importante, voire un sinistre, survient dans l’un de nos barreaux, les barreaux répondent présents. Mais cette solidarité doit exister journellement. Cela doit être un de nos objectifs. Il est un grand motif de satisfaction pour celui qui préside cette Rentrée solennelle, comme cela a été le cas pour les bâtonniers précédents, c’est de voir se produire et se développer parmi le jeune barreau, des talents qui plus tard, jetteront sur notre Ordre un nouvel éclat. C’est la certitude que la renommée de notre barreau, et donc de notre profession, sera longtemps maintenue et que le jeune barreau d’aujourd’hui remplira dignement la place où nos anciens se sont illustrés.
Vous êtes de ceux-là, mes chers confrères.
En vous appelant à prononcer le discours, la Conférence vous indique qu’elle compte sur vous. […]
REPÈRES
Remise des prix
Prix du jeune Barreau
Sarah Labi a reçu son prix de 1ère Lauréate du Jeune Barreau des mains du Président Alain Pouchelon.
Le Prix du 2 ème Lauréat du Jeune Barreau a été remis à Frédéric Bérenger par Jean-Yves Le Borgne, vice-bâtonnier du Barreau de Paris.
Prix décernés par le Conseil de l’Ordre
Le prix Jules de Sauteron de Seranon
Monsieur de Seranon a été élu deux fois bâtonnier en 1868 et 1869 et sans être candidat, à nouveau élu pour les années 1886 et 1887. Il n’exerça ses fonctions que jusqu’à la rentrée du stage au cours de laquelle il prononça un discours remarquable et remarqué, portant sur l’Indépendance de l’avocat.
Attribué à un avocat méritant du Jeune barreau, ce prix a été remis à Stéphan Gauthier par Paule Aboudaram au nom de Thierry Wickers, président du Conseil national des barreaux.
Le prix Benjamin Abram
Le Bâtonnier Benjamin Abram succéda au Bâtonnier Jules de Seranon, fut maire d’Aixen-Provence et créa ce prix devant être décerné à l’avocat le plus prometteur du jeune Barreau ayant moins de deux ans de barre.
Il a été remis à Vanessa Cerda
2011-312





