Les perspectives sociales pour 2011 – Paris, 26 avril 2011
Le Cercle Culturel Henner, présidé par Rémy Robinet-Duffo, qui s’est fixé pour objectifs d’engager régulièrement des réflexions stratégiques autour de personnalités exceptionnelles a reçu au Cercle de l’Union Interalliée le 26 avril 2011, Benoît Roger- Vasselin, Directeur des Ressources Humaines de Publicis Groupe, Président de la Commission Relations du Travail, Emploi et Formation du Medef.
Publicis Groupe est le troisième groupe mondial de communication, leader en communication numérique et interactive. Doté d’une forte créativité, Publicis Groupe est classé numéro un en « Performance Créative » depuis 2004. Présent dans 104 pays sur les cinq continents, Publicis Groupe compte environ 45 500 collaborateurs. Publicis Groupe propose à ses clients locaux et internationaux une gamme complète de services en communication.
Benoît Roger-Vasselin a fait l’essentiel de sa carrière dans les ressources humaines. En 1982, il était déjà en charge des ressources humaines au Groupe France Câbles et Radio, spécialisé en télécommunications internationales. Il a rejoint, en 1985, la Maison Jean Patou, connue pour ses parfums et sa haute couture, aux fonctions de directeur des ressources humaines puis de directeur général adjoint. Ses fonctions l’ont conduit à occuper des responsabilités nouvelles au niveau de la Fédération de la Parfumerie puis également à la Chambre syndicale de la Couture parisienne. En 1996, il a rejoint le Groupe Publicis pour occuper les fonctions de directeur des ressources humaines.
Membre, puis président de la Commission sociale de l’Association des agences-conseils en communication (l’A.A.C.C.), il est également aujourd’hui président de la Commission relations du travail, emploi et formation du Medef, membre de la Commission sociale du Groupement des professions de services (le GPS), du Conseil économique, social et environnemental et du Conseil d’orientation pour l’emploi, instance d’expertise et de concertation sur l’ensemble des questions d’emploi, placée auprès du Premier ministre.
A n’en pas douter, le social le passionne et l’occupe à plein temps ! Le témoignage de Benoît Roger-Vasselin sur les perspectives sociales en France, au regard de ses nombreuses activités professionnelles a été l’occasion de faire le point sur les grands enjeux de développement des entreprises.
Avant de commencer son propos, Benoît Roger-Vasselin a rappelé qu’en 1972, l’immeuble de Publicis sur les Champs-Elysées à Paris a brûlé. Le Président Rémy Robinet-Duffo a, alors, eu l’amitié de mettre à disposition du Président Marcel Bleustein-Blanchet des locaux afin de poursuivre ses activités. Les fichiers du Groupe Henner ont ainsi permis à Publicis de faire face à ce tragique accident. Cet exemple est l’esprit d’entraide et de partenariat qui existe entre les chefs d’entreprises. La reconnaissance de Publicis pour le Groupe Henner est unique et éternelle…
Le social au cœur des enjeux politiques
Syndicats et patronat ont signé en quelques semaines trois accords majeurs sur les retraites complémentaires, l’assurance chômage et l’emploi des jeunes. Depuis 2005, 34 accords inter- professionnels ont vu le jour, dont 14 fondamentaux. Pour la présidente du Medef, Madame Laurence Parisot : « c’est la démonstration de la qualité et de l’efficacité du travail des partenaires sociaux, et leur souhait que l’Etat ne se mêle pas de tout ».
La veille d’une année électorale, il existe deux types d’attitudes : penser que cette année et une année morte ou au contraire (et c’est la position du Medef ) considérer que cette année doit être utile et profiter de cette année pour réfléchir, comme en 2006 avec « Besoin d’air ». En effet, il est indispensable de poursuivre la réconciliation des Français et des entreprises pour faire face à la crise, en dépit des initiatives désordon- nées des pouvoirs publics. Vouloir d’un côté laisser les partenaires sociaux négocier et de l’autre prendre des initiatives sans les avoir consultés est difficilement acceptable. On a rarement connu une période où l’ensemble des partenaires sociaux ont été autant prêts à faire bouger les lignes. La qualité, la densité et l’abondance des propositions sociales émanent des organisations syndicales employeurs et salariés. En 2013, la période transitoire prévue par la loi de 2008 sur la représentativité syndicale sera à son terme, le moment sera venu de réfléchir à définir ensemble comment conduire les changements nécessaires dans les entreprises.
La modernisation du dialogue social
En ce moment se déroule une négociation pour simplifier la vie des entreprises en terme de représentation sociale, afin d’éviter que les chefs d’entreprise soient écartelés entre les différents interlocuteurs sociaux (CE, CHSCT,…).
Les grands groupes n’ont pas les mêmes problèmes que les PME ou les TPE. Le chef d’entreprise d’une TPE n’a pas le temps de se préoccuper des différentes réglementations du Code du travail.
L’accord de 2008 sur la rupture conventionnelle a permis en droit du travail de faire ce que le droit de la famille avait réalisé avec le divorce par consentement mutuel. Cette solution a simplifié la vie des entreprises tout en protégeant les salariés qui ont des droits.
Le dynamisme du paritarisme
Il existe deux paritarismes : de négociation ou de gestion. Les partenaires sociaux doivent être consultés avant le vote de textes législatifs sociaux.
En 2008, l’accord sur la représentativité (fruit d’un compromis négocié avec les partenaires sociaux) a été modifié par les pouvoirs publics, en vertu de la légitimité du suffrage universel, au moment du vote. Cela est contraire à l’esprit de la négociation paritaire et du respect du dialogue social.
Avec la loi sur les 35 heures, les pouvoirs publics d’alors avaient refusé d’étendre l’accord signé dans le textile. La chambre sociale de la Cour de cassation a cru bien juger en considérant que si des avantages ont été accordés à certains salariés, il fallait les étendre à tous. Or, ces accords sont le fruit de négociation. Le paritarisme de gestion doit être irréprochable pour donner davantage de sens au paritarisme dé négociation. Dans le paritarisme de négociation, la norme sociale n’est pas le fruit du législateur ou de la chambre sociale de la Cour de cassation, mais le résultat des négociations avec les partenaires sociaux.
L’agenda social est ambitieux en 2011. La signature, en 2011, du régime d’assurance chômage qui reconduit, avec la signature de quatre syndicats, l’accord sur le régime des retraites complémentaires (accord qui ne peut donc être remis en cause) est un succès. L’accord sur l’emploi des jeunes est une pre- mière étape. L’objectif de ces trois accords a été de faire en sorte de mieux utiliser les deniers publics et de ne pas accepter de charges supplémentaires pour les entreprises. Dans l’accord sur l’assurance chômage il été convenu que quand la situation reviendra à meilleure fortune, il s’agira de baisser les coti- sations des entreprises et des salariés.
Le dialogue social est vivace en France grâce à une collaboration très étroite entre les organi- sations des employeurs et grâce à des accords régulièrement signés avec les organisations syndicales.
La prime par rapport au partage de la valeur est une approche dirigiste, alors que cette stratégie relève du management de l’entreprise.
Le bien-être au travail
La souffrance au travail est un concept de portée limitée et réductrice qui doit être substitué au concept du bien-être au travail. Il existe toute une école de pensée qui explique que c’est douloureux de travailler. Le paradoxe est le fait que l’on vit une époque où tout doit être réussi entre 25 et 55 ans et qu’à 55 ans certains ont le sentiment d’être rejetés comme des kleenex. Le temps du travail doit être revu au-delà de 55 ans. Il faut réfléchir sur comment répartir le temps tout au long d’une vie. Les accords dans les entreprises doivent être développés pour aménager cela.
Travailler moins peut constituer un engagement en définissant de quelle manière pour les entreprises et avec quelles contreparties en termes de productivité.
Les chantiers sociaux en cours
L’insertion des jeunes est à renforcer
Les jeunes doivent être davantage recrutés dans les entreprises. Chez Publicis, un recrutement sur cinq est effectué en faveur d’un jeune n’ayant jamais travaillé. La formation professionnelle doit être renforcée en faveur des jeunes même pour pallier les carences du système éducatif. Les passerelles doivent exister. L’accord signé en 2008 avec la création du fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels a permis de créer des passerelles.
Les droits acquis en évolution
Le Medef constate une évolution de la négociation et du dialogue social. Après la réforme des retraites, la réforme des retraites complémentaires a montré une évolution constructive en dépit des droits acquis.
L’optimisation du travail des séniors
Il y a un lien entre la question des séniors et des jeunes. Il existe une posture et une réalité. La posture consiste à dire qu’il faut que les séniors travaillent plus longtemps. La réalité présente deux hypothèses. Ceux qui ont un travail intéressant et bien rémunéré, ceux-là veulent continuer à travailler le plus longtemps. Et ceux qui ont un travail moins intéressant, ceux-là ont envie de s’arrêter et se posent la question du revenu. Elisabeth Badinter, administrateur de Publicis rapportait un sondage selon lequel 69% des femmes arrêteraient de travailler si ne se posait pas la question des revenus. Ce chiffre est révélateur de la relation entre travail et revenu.
On ne peut plus payer les inactifs en raison du développement de la longévité. La question de la transition est importante : il serait possible d’envisager une retraite à 68 ans avec un jour de travail en moins, cette forme de travail en sifflet doit être envisagée. Certes, ce dispositif sera difficile à mettre en œuvre selon les branches.
Le tutorat des plus anciens vers les plus jeunes est intéressant mais là-aussi variable selon les branches. Il est indispensable de justifier la nécessité de travailler plus longtemps car on va vivre plus longtemps.
La prise en compte de la pénibilité
Certains travaux usent plus vite. Le stress, le harcèlement, la violence au travail, la pénibilité sont des concepts très différents. Le stress et le harcèlement ont fait l’objet d’accords. La pénibilité n’a pas encore permis de faire l’objet d’un accord. Deux niveaux sont à envisager dans la pénibilité : la prévention qui doit permettre de réduire la pénibilité et la réparation. Sur ce dernier point, il faut prendre en compte les cas de pathologies liés au travail, constatés par un médecin de la Sécurité sociale et non retenir une définition par catégories. En effet, cette dernière solution recréerait des régimes spéciaux, choix à éviter. Il faut permettre aux séniors de travailler plus longtemps en s’épanouissant et en transmettant plus aux jeunes.
Les perspectives d’avenir
Le Medef force de propositions
Il arrive que les politiques prennent des positions contraires aux intérêts des entreprises. Le projet de l’obligation de la représentation sociale dans les entreprises de moins de 10 salariés en a été l’illustration.
Le partage de la valeur et de la prime à 1 000 € ne va pas dans le sens des intérêts des entreprises, car cela enlève une certaine souplesse pour faire face à la concurrence internationale. Le problème est le coût du travail qui est plus cher en France que dans la majorité des pays voisins. Il faut insister sur le concept de compétitivité équitable. Le Medef prépare un livre de propositions pour septembre 2011, au moment de son Université d’été, pour ne pas être réactif ou défensif mais force de propositions. Ce document sera soumis à tous les candidats à la présidentielle de 2012.
L’attractivité de la France
Les investissements dans les secteurs de l’innovation et de la recherche sont soutenus en France avec une série d’avantages fiscaux qui sont les plus généreux d’Europe. La question qui est posée est celle de savoir s’il serait souhaitable d’élargir cette approche à l’économie en général. A l’évidence, tous les dispositifs de ce type doivent être encouragés en limitant leurs effets pervers. Selon Cioran, il existe le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté. Il faut souvent avancer, tester les situations sans trop se poser les questions des échecs possibles.
Développer le rôle des partenaires sociaux
L’innovation vient des partenaires sociaux. Il faut diffuser le savoir de la négociation. Les hommes politiques doivent être davantage à
l’écoute des partenaires sociaux. Selon Jean-
Claude Javillier, ancien directeur général du BIT : « des accords de méthodes pourraient être définis par les partenaires sociaux pour faire progresser le dialogue social. Les partenaires sociaux en France sont trop souvent galvaudés alors qu’ailleurs ils ont un rôle de législateurs. De fait, on banalise l’état de droit ».
Les réunions les plus difficiles sont souvent celles des organisations patronales car chaque branche a ses intérêts à défendre. Chacun doit comprendre les intérêts des autres et l’intérêt général doit prévaloir.
La place du dialogue social dans la norme sociale est un fait incontournable : jamais les partenaires sociaux n’ont été aussi actifs et en même temps il demeure des initiatives désordonnées des pouvoirs publics liées à des a priori ou à des contraintes politiques de ministres qui se considèrent en mission. L’analyse du Général de Gaulle, selon lequel : « en démocratie le pouvoir c’est l’impuissance puisque c’est l’honneur du pouvoir que d’avoir des contre-pouvoirs » est toujours d’actualité !
Elisabeth Bergé-Suet
Prochain déjeuner-conférence du Cercle Culturel Henner aura lieu le 28 juin 2011, avec Frédéric Oudéa, président directeur général de la Société générale.
Inscriptions : ebergesuet@henner.fr - www.cercleculturelhenner.fr
2011-199
REPERES
Le mot du Président Rémy Robinet-Duffo
Notre association culturelle se rapproche peu à peu de l’objectif que nous lui avons fixé : assurer un partage de connaissances et de réflexions dans les domaines politique, économique, social et culturel. Je tiens à saluer les participants présents à ce déjeuner : dirigeants d’entreprises, acteurs économiques et sociaux, sans oublier les Ambassadeurs en poste à Paris, qui marquent une nouvelle fois leur intérêt aux actions menées par les entreprises de la capitale aux niveaux européen et international.
Cette assistance nombreuse s’explique à la fois par la personnalité attachante que nous allons entendre et par le sujet qu’il va être amené à traiter : les perspectives sociales en France.
Cher monsieur Benoît Roger-Vasselin, nous nous connaissons et nous nous estimons depuis des années. Mais je pense que même pour l’ensemble de l’assistance, il n’est pas nécessaire de rappeler longuement votre carrière brillante et fort remplie. Elle s’est déroulée intégralement sous le signe fondamental des ressources humaines : en 1982 au groupe France cables et radio spécialisé en télécommunications internationales, en 1985 à la Maison Jean Patou, et depuis 1996 au groupe Publicis où vous occupez le poste de directeur des ressources humaines.
Je souhaite saluer d’abord en vous le haut dirigeant d’une des plus grandes sociétés françaises, Publicis, avec laquelle le groupe que je préside entretient depuis de nombreuses années une collaboration fructueuse.
Mais je souhaite également saluer un décideur qui s’investit sans compter pour les entreprises françaises. Et ce n’est pas un hasard si notre présidente, Laurence Parisot, vous a choisi depuis 2008 comme président de la commission des relations du travail et des politiques de l’emploi du Medef.
Renforcer la place du dialogue social, refondre les règles de représentativité des organisations syndicales, moderniser le marché du travail, adapter la durée du travail, remettre à plat le régime d’assurance chômage, lutter contre les discriminations, promouvoir l’égalité professionnelle, améliorer l’emploi des seniors, faciliter l’emploi des personnes handicapées, faire vivre au quotidien le paritarisme, accompagner les mesures d’urgence en faveur de l’emploi : voilà tous les chantiers qui vous ont été confiés et pour lesquels vous faite preuve à chaque instant d’attention, d’écoute, de respect des uns et des autres et d’imagination.
Ayant présidé pendant 17 ans le Medef Paris, je puis attester de l’attention constante et du soutien total que vous n’avez cessé d’apporter à nos entreprises.
Voilà donc toutes les raisons qui font que nous allons vous écouter avec la plus grande attention, et je dirais même, avec passion tant ces perspectives sociales en France vont être essentielles dans les mois qui viennent et vont déterminer la place de notre pays dans le monde. En Europe notamment, les économies et les sociétés deviennent en quelque sorte si « enchevêtrées » que les politiques sociales ne peuvent durablement se développerséparément les unes les autres, même si une uniformisation ne paraît bien évidemment ni possible, ni souhaitable. Nous allons maintenant entendre à la fois un expert avisé de ces problèmes et un homme d’action qui sait qu’il n’y a pas de problème difficile qui ne peut trouver une solution. C’est, vous le savez, l’esprit qui inspire l’ensemble des chefs d’entreprise qui s’étonnent de ce climat d’inquiétude et de désespérance qui a tendance à se développer constamment. Les perspectives sociales comme les perspectives économiques, ne sont jamais aussi mauvaises que certains esprits chagrins veulent nous le faire croire. Un exemple aujourd’hui même, où les dernières statistiques annoncent que l’activité dans l’ensemble du secteur privé est à son plus haut niveau, depuis 10 ans en France. Les industriels pour leur part bénéficient d’un redressement de la demande étrangère au plus haut niveau depuis le début de l’année et les goulots d’étranglement dans la production se multiplient.

