Mémorial de Caen, Caen – 30 janvier 2011
Le mémorial imaginé par le sénateur maire de Caen Jean-Marie Girault, avocat au Barreau de sa ville et par un avocat le Bâtonnier Bernard Blanchard: «Parce qu’à l’aube d’un jour du printemps de 1944, des milliers d’hommes ont fait le sacrifice de leur vie sur cette terre normande pour que soit restaurée la liberté du monde dans la Paix retrouvée et le respect du Droit, Jean-Marie Girault, avocat, Sénateur Maire de la ville de Caen a voulu édifier un Musée en mémoire de cet événement sans précédent que fut la bataille de Normandie.
Mais, le Mémorial n’est pas seulement un espace prestigieux consacré à l’Histoire. Il est aussi un lieu de recherche, de réflexion et d’action pour le présent et l’avenir.
Nous savons en effet – et si nous l’avions oublié, l’actualité que nous vivons nous le rappellerait – la Paix est un bien inestimable mais fragile. Elle implique un combat quotidien pour que l’homme – tout homme et tout l’homme – soit respecté partout dans le monde.
La défense des droits de l’homme est à l’évidence un présupposé de la paix. A ce titre, elle constitue tout naturellement une des préoccupations du Mémorial.
Mais parce qu’il ne saurait y avoir de défense des droits de l’homme sans l’existence d’avocats libres et indépendants, le Barreau de Caen a tout naturellement souhaité l’organisation d’une rencontre annuelle permettant à douze avocats choisis parmi les meilleurs, venant des horizons les plus divers, de témoigner des violations du droit dans la primauté et l’universalité duquel tous les avocats du monde communient.
Il faut savoir gré à Maître Girault, Sénateur-Maire, d’avoir été enthousiasmé par ce projet et à Monsieur Belin, Directeur du Mémorial ainsi qu’à ses collaboratrices d’avoir permis qu’il se concentre chaque année le jour du printemps, symbole du renouveau, de la vie, de l’amour et de l’espérance. »(1).
C’est ainsi que depuis vingt-deux ans se tient à Caen une grande journée consacrée à la défense des droits de l’homme. Douze avocats, aujourd’hui dix, venus du monde entier plaident la cause qu’ils auraient aimé plaider en «prise directe de l’actualité».
Les avocats du monde entier sont invités à y participer.
Ils sont si nombreux à l’espérer qu’un délai de clôture des inscriptions est imposé. Un jury les sélectionne. Cette année sur les dix, six étrangers ont été retenus: Etats-Unis, Palestine, Luxembourg, Congo, Togo et quatre Français. Vingt-deux ans après, en dépit des proclamations des nations, rien n’a changé: la lutte pour les droits de l’homme et pour la paix demeure fâcheusement d’actualité.
La consultation des discours des vingt-deux années du concours est immuable.
Les pays dits respectueux «y sont épinglés»: Etats-Unis(2), France, Israël, Australie, Canada, etc. Cette année on y relève: les Etats-Unis, la Palestine, le Luxembourg, la France(3). Le Congo notamment la «peine de mort par lapidation»(4). Si le succès de ce concours ne se dément pas, il est regrettable que la qualité, l’intérêt de ses plaidoiries, ne servent pas dans le monde d’exemple pour en dénoncer les violations en se référant à des cas concrets, d’affaires vécues, jugées.
Maître Jean-Marie Girault, sénateur-maire de la ville, à l’occasion de la célébration du Xème anniversaire du concours s’exprimait ainsi: […] «Cette année, le Mémorial célèbre le Xème anniversaire du Concours International de Plaidoiries. Il affirme ainsi sa volonté de poursuivre sa mission d’observation et d’alerte, car la défense des Droits de l’Homme demeure tragiquement d’actualité.
Le Mémorial pour la Paix devient alors plus qu’un musée du XXème siècle, un lieu de rassemblement des avocats de la défense des Droits de l’Homme pour qui, souvent, le jury représente l’ultime recours et le public le dernier écho.»[…]
«Diffuser la connaissance est la meilleure manière de lutter contre l’obscurantisme et le négationnisme, pères fondateurs de toutes les dictatures.» (1989, Bâtonniers R. Apéry – J.-P. Marin).
Depuis plusieurs années le concours s’est ouvert aux jeunes lycéens dont la finale s’est déroulée le 28 janvier 2011.
Madame le Bâtonnier du Barreau de Caen Ariane Weben, à l’occasion de ce 22ème Concours, s’est adressé le vendredi aux lycéens, et le dimanche aux participants au Concours. Il nous plaît de publier son allocution brève, percutante, pénétrante, qui résume merveilleusement l’objet et la finalité de ces journées: «Le barreau de Caen que j’ai l’honneur de représenter s’associe chaque année depuis 22 ans à cette grande manifestation qu’est le Concours International de Plaidoiries, manifestation qu’il a contribué à créer avec la ville de Caen et le Mémorial et qui a eu lieu pour première fois en 1990.
Le Mémorial nous offre un écrin duquel on a émergé depuis trois jours des perles de talent et d’éloquence.
Avant-hier avec les lycéens, hier avec les élèves avocats et aujourd’hui avec les avocats, nous nous sommes indignés contre la peine de mort qui n’en finit pas, nous avons pleuré avec les enfants-taupes de Gaza, nous avons crié avec Sakineh Mohammadi Ashtiani.
Et puis chacun d’entre eux a ouvert une fenêtre, monté une tribune à ces causes, à ces femmes et ces hommes qui en sont les porteurs.
Ils sont venus interpeller nos consciences, chercher notre inconfort, créer le déséquilibre utile à nous mettre en mouvement.
Bien plus, le philosophe Alain assignait aux citoyens deux types de devoirs, non seulement: «Un devoir d’obéissance qui assure l’ordre, mais aussi, un devoir de résistance qui assure la liberté».
Si nous sommes parfaitement rompus à l’obligation d’obéissance, la résistance nous est moins familière.
Or, la résistance est à la portée de chacun, dans la vie de tous les jours:
Résistance aux préjugés
Résistance aux habitudes
Résistance à la banalisation
